Traite des êtres humains et lutte contre le blanchiment d'argent : pourquoi les déclarations d'activités suspectes restent l'exception
La traite des êtres humains est l'une des formes les plus lucratives de la criminalité organisée dans le monde. L'Organisation internationale du Travail estime que ce crime, dont le seul objectif est le gain financier par l'exploitation humaine, génère chaque année des bénéfices illicites d'environ 236 milliards de dollars américains.
Malgré cette ampleur alarmante, les efforts de renseignement financier restent bien en deçà de ce qui serait possible. En Suisse, le Bureau de communication en matière de blanchiment d'argent (MROS) a reçu 5'334 déclarations d'activités suspectes (DAS) en 2020. En 2023, ce nombre était passé à 11'876 – une augmentation significative reflétant une culture de déclaration améliorée et une pression réglementaire accrue. Pourtant, la part des DAS explicitement liées à la traite des êtres humains est restée négligeable : seulement 27 déclarations en 2020, passant à 79 en 2023 – représentant systématiquement moins d'un pour cent de l'ensemble des DAS déposées durant cette période.
Cet écart n'est pas fortuit. Il reflète des faiblesses structurelles dans le paysage actuel de la surveillance des transactions.
Pourquoi les systèmes automatisés atteignent leurs limites
L'une des principales raisons du faible taux de détection réside dans la nature des transactions financières associées à la traite des êtres humains. Les montants transférés individuellement sont souvent faibles et ne déclenchent pas d'alertes dans les systèmes de surveillance conventionnels basés sur des règles. Le problème ne réside pas dans un manque de volume de transactions – mais dans l'absence des bons schémas à identifier.
Le FIHATGuide, publié conjointement par le MROS et le Bureau de la Représentante spéciale et Coordinatrice de l'OSCE pour la lutte contre la traite des êtres humains, illustre clairement comment l'exploitation moderne se dissimule au grand jour : les salaires des travailleurs migrants affluent sur des comptes personnels en apparence ordinaires, sont fractionnés en petits versements entrants, puis rapidement retirés en espèces ou transférés à des prestataires de services douteux à l'étranger.
Derrière ces schémas de paiement, les autorités découvrent fréquemment des réseaux qui maintiennent des personnes en servitude pour dettes et les exploitent de manière systématique. Les structures sont complexes, les transactions individuelles anodines – et c'est précisément ce qui les rend si difficiles à détecter avec des approches de surveillance conventionnelles.
La qualité plutôt que la quantité : ce que sont les déclarations d'activités suspectes efficaces
Dans la lutte contre le financement de la traite des êtres humains, ce qui compte n'est pas le nombre brut de déclarations d'activités suspectes, mais leur qualité. Une DAS bien fondée – reposant sur des processus KYC solides, une surveillance intelligente des transactions et des indicateurs de risque clairement définis – fournit aux autorités répressives bien plus qu'un rapport se limitant à signaler une seule transaction inhabituelle.
Ce n'est que lorsque les intermédiaires financiers sont en mesure d'identifier des schémas globaux – tels que des petits paiements récurrents, des relations de compte inhabituelles ou des retraits d'espèces suspects combinés à des profils clients spécifiques – qu'émerge le type de renseignement financier permettant de démanteler des structures criminelles, plutôt que de simplement bloquer des virements individuels.
La technologie comme levier : de la conformité à l'impact réel
Sans des processus KYC performants, des indicateurs basés sur les risques et des systèmes de surveillance configurés intelligemment, même des flux financiers illicites massifs peuvent passer entre les mailles du filet. Il ne s'agit pas d'une défaillance d'établissements individuels – c'est un problème systémique qui exige des solutions technologiques.
En tant que spin-off de l'ETH, Eurospider Information Technology AG développe une solution SaaS RegTech qui aide les intermédiaires financiers à détecter plus tôt les schémas suspects, à digitaliser les flux de travail LBC et à générer des déclarations d'activités suspectes de meilleure qualité – y compris pour des infractions préalables qui, malgré leur gravité, restent significativement sous-déclarées.
La traite des êtres humains est un crime qui repose sur l'invisibilité. Le rôle du secteur financier est de briser cette invisibilité – avec les bons outils, les bonnes connaissances et un engagement en faveur d'un impact concret.